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Contextualisation socio-politique des approches relationnelles et ses conséquences

Nous avons vu plus haut comment la théorie et la pratique psychothérapeutique est actuellement dans une mouvance entre deux paradigmes philosophiques: le modernisme scientifique cartésien d’une part, et le postmodernisme avec ses tournants interprétatifs et éthiques d’autre part.

 

Cependant, nous vivons dans un monde culturel où domine encore le cartésianisme avec son individualisme et sa conséquence économique, le néolibéralisme, de même que son fractionnement de l’esprit et du corps, du rationnel et de l’émotivité, de l’objectivité et de la subjectivité, de l’autonomie et de la dépendance, du mâle et de la femelle, du thérapeute et du patient. De surcroit ce monde cartésien attribue souvent à la première partie le privilège de dominer la seconde partie. Dans ce contexte sociopolitique, les approches thérapeutiques privilégiées sont celles qui s’appuient sur un scientisme et une rationalité technique devenus hégémoniques dans la pratique de la psychothérapie (Stern, 2012). Ces approches ne peuvent que soutenir le statu quo socio-politique, ces arrangements politiques de notre vie commune issus de nos valeurs morales implicites qui contribuent à perpétuer les souffrances de nos patients, et les nôtres (Cushman, 2015). Ces perspectives sont devenues tellement insérées dans nos esprits qu’ils ont l’apparence d’une vérité incontestable. Donc, en nous en éloignant, dans nos pratiques relationnelles, nous nous sentons vulnérables et marginaux.

 

En mettant de l’avant des pratiques relationnelles fondées sur un postmodernisme modéré, nous remettons en question l’individualisme bien délimité en lui substituant les notions de la relationalité et d’interdépendance que nous plaçons au centre du développement et du changement humain. Ce faisant, nous contribuons à la résistance politique et morale envers cette hégémonie déshumanisante (Cushman, 2015), à condition, cependant, que nos théories ne deviennent pas à leur tour des vérités singulières, des croyances non-pensées (Stern, 2013), des dogmes. Comme l’écrit Nadine Gueydan (2017) : « …toute approche est délétère dès qu’elle cède à son ambition et confine à l’hégémonie ». À RADAR, nous croyons que notre tâche est de respecter les traditions et les valeurs dans lesquelles nous avons « grandi » et qui nous constituent, de nous en imprégner, et conformément à l’idéal socratique, de les remettre en question continuellement.

 

Les références de ce chapitre nourriront votre réflexion autour des thèmes décrits ci-dessus.

Références

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Le mouvement intellectuel connu sous le nom du tournant interprétatif est utilisé par Cushman pour développer une compréhension de la psychanalyse relationnelle comme une manière de préparer les patients et les praticiens à résister à la manière d’être et aux structures politiques dominantes de notre époque. Cette interprétation est explorée en proposant qu’une nouvelle configuration du soi est en train d’émerger – le soi multiple, aplani- en lien avec 1) l’influence grandissante du procéduralisme néolibéral, et 2) une augmentation dans l’indifférence politique et le fondamentalisme politique dans la population générale. L’auteur avance, entre autres, qu’en réponse aux forces corporatives néolibérales de plus en plus puissantes qui insistent sur des pratiques thérapeutiques médicalisées, des résultats quantifiables et un travail contrôlé -connu comme l’industrialisation des soins de santé- plusieurs écoles de psychothérapie ont capitulé en s’appuyant de plus en plus sur un modèle médical de soin. Il croit que contrairement à la majorité des écoles de psychothérapie, la psychanalyse relationnelle a résisté davantage à ces pressions. En offrant une brève histoire de la psychanalyse relationnelle qui souligne sa vision morale et ses implications politiques, et en puisant dans les films, les annonces commerciales télévisuelles, les jeux en ligne, et les pratiques psychothérapeutiques, Cushman propose que la pratique relationnelle peut s’opposer et offrir une alternative à une manière d’être néolibérale, aux arrangements politiques que celle-ci dessert, et les attitudes psychologiques qui la soutiennent. L’auteur espère que la reconnaissance explicite de quelques-unes des significations politiques de la pratique relationnelle aidera les praticiens à développer des pratiques politiques à l’intérieur de l’heure clinique plus directement que dans le passé.

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Ce lien renvoie à une conférence d'environ 1h30 donné par Vincent De Gaulejac où il présente son dernier livre : Le capitalisme paradoxant : un système qui rend fou. Il y décrit de manière extrêmement précise et élaborée une certaine perversion de la communication par laquelle l'individu qui la subit est désorganisé par l'évacuation de contradictions et de limites inhérentes à la vie psychologique qui sont remplacées par des paradoxes discrets qui ont comme effet de parasiter la pensée elle-même. Il montre comment ces techniques, en convaincant les individus qu'ils sont eux mêmes responsables de difficultés pourtant induites par le système, sont utilisée dans l'univers du travail pour assoir l'emprise de puissants systèmes sur les individus, et maximiser ainsi leur exploitation. Avec la même précision que Marie-France Hirigoyen  lorsqu'elle a mis en lumière les phénomènes de communication perverse dans son livre : « le harcèlement moral », Vincent de Gaulejac met en lumière le phénomène de communication paradoxante. A voir absolument pour mieux comprendre certains aspects de la société dans laquelle nous vivons. Nous vous recommandons particulièrement les 10 dernières minutes de sa présentation où il parle de la manière dont on peut se protéger de ces phénomènes.

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Roland Gori, psychanalyste français, est un grand orateur. Il met en lumière avec une profondeur et une acuité acérée toute une série d'impostures sur lesquels repose notre société. Il nous démontre combien  la notion même d'imposture nous amène nécessairement à réfléchir sur les valeurs qui organisent l’état actuel du champ social. Décapant et salutaire.

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Roland Gori contextualise les diagnostics psychopathologiques à partir d’une vision de notre société comme malade. Il décrit la dérive progressive du soin en santé mentale vers une réification de l’individu une standardisation, une normalisation des comportements plutôt que la prise en compte, du soin et de l’intégration de chacun dans sa spécificité. Il dénonce le rôle contrôle social que l’on tente de faire jouer au psychothérapeute. Il démontre comment des mouvements politiques, éthiques, scientifiques interagissent actuellement pour nous mener vers une société déshumanisée et il nous invite passionnément à résister à ces courants, à prendre la parole, particulièrement dans notre rôle de psychothérapeute. Mobilisant.

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Une présentation absolument magistrale. Dans l'ensemble du présent manuel, si vous avez le temps ou l'énergie de ne lire ou visionner qu’un seul document, nous vous recommandons chaleureusement celui-ci. En effet elle réussit à résumer en 15 minutes ce qui constitue l'essentiel de la  raison d'être et de la mission de Radar.psy  elle le fait avec beaucoup de nuances et une précision et une justesse tout à fait remarquables.

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La série de références suivantes constitue un débat qui s’est déroulé sur plusieurs années entre des psychanalystes de renom à partir d'un texte initial de Hoffman (2009). Ce débat portait sur l’importance respective de la science empiriquement fondée et de l’herméneutique en tant qu’outil critique en psychanalyse.

L’auteur, dont la perspective est résolument constructiviste, nous offre ici un plaidoyer passionné en faveur des études de cas individuels pour faire avancer les théories et les pratiques psychanalytiques. Il se positionne à l’encontre du mouvement contemporain qui veut corriger les soi-disantes « faiblesses scientifiques » de la psychanalyse en se tournant vers la recherche empirique systématique sur le processus psychanalytique et ses résultats, de même que vers les neurosciences. Selon Hoffman, ce mouvement est injustifié épistémologiquement et potentiellement dommageable au développement de notre compréhension du processus thérapeutique lui-même et à la qualité de notre travail clinique. L’épistémologie objectiviste de cette perspective équivaut selon cet auteur à une dessiccation de l’expérience humaine.

 

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Cet article constitue une introduction à la série de publications suivantes en réponse au texte publié de Hoffman (2009) au sujet de la psychanalyse et de la recherche scientifique. L’auteur soutient que les questions débattues ici sont urgentes ; ce qu’on nomme science, recherche, validation, mesures quantitatives et de groupe, seraient manifestement des reflets de facteurs historiques, culturels, sociaux, politiques et économiques. Ultimement, ce débat n’est pas tant entre la science et l’herméneutique, le positivisme et le constructivisme, mais surtout au sujet de l’avenir de la psychanalyse autant que de nos valeurs humanistes et morales.  

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Cet auteur, psychanalyste et chercheur lui-même, critique la polarisation provoquée par la pensée de Hoffman (2009) et préconise une perspective intermédiaire. Faisant appel à des développements contemporains dans la philosophie des sciences, il préconise un juste milieu entre l’objectivisme et le constructivisme. Cette perspective reconnaît l’irréductibilité du caractère social, herméneutique et politique de la science, et que les données empiriques ne sont qu’un élément de la conversation entre les membres d’une communauté scientifique. L’auteur met en garde les psychanalystes de se dissocier de la communauté scientifique plus large. Par ailleurs, il s’accorde avec Hoffman sur les effets délétères du « scientisme » des thérapeutes orientés vers le cognitif et des chercheurs orientés vers le biologique. 

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Dans cette réplique à Safran, Hoffman avance que, non seulement sa perspective n’est pas polarisante, mais qu’il plutôt offre des ponts entre sa perspective constructiviste et celle des chercheurs sur le processus thérapeutique et ses résultats. Il rappelle qu’il offre une critique constructiviste des études de cas traditionnelles et des théories fondées sur celles-ci. De plus, il situe la place des recherches systématiques à l’intérieur du paradigme constructiviste en leur donnant une importance relative aux études de cas plutôt que de reléguer celles-ci à un statut de terrain à générer des hypothèses de recherche. Hoffman élabore ce qu’il appelle “un apprentissage constructiviste nonlinéaire” que les études de cas peuvent générer et qui serait optimal pour notre champ de pratique. 

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Cushman commente les articles de Hoffman (2009, 2012) et de Safran (2012) en situant leur échange dans leur contexte historique plus large. Il commence par situer la tentative traditionnelle de la psychologie de se donner une légitimité scientifique en rapport avec le modernisme introduit par Descartes il y a 400 ans. Il introduit alors l’herméneutique philosophique en tant qu’argument contre les distinctions cartésiennes corps/esprit et subjectif/objectif. Conformément à sa méthode de travail, Cushman interprète une ère historique en examinant comment le soi, ses maux, ses guérisseurs, et ses techniques de guérison se manifestent. Il décrit le soi prédominant des dernières 30 années comme étant de plus en plus conçu comme un ordinateur, et il interprète les mesures objectivistes évaluatives et la manuelisation comme étant des expressions de ce soi. Finalement, il suggère que les différences entre Hoffman et Safran reflètent des réponses morales et politiques opposées à notre terrain culturel actuel. Le conformisme aux dictats scientistes au sujet des résultats de la psychothérapie et les objectifs de « compétences » des études supérieures ne représentent pas à ses yeux un gain pour notre technologie thérapeutique ou éducative ; ce conformisme naïf renforcerait plutôt le statu quo politique.

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Fonagy dit regretter l’opposition entre la psychanalyse et la recherche systématique interdisciplinaire. Il félicite Hoffman pour sa tentative de faire le pont entre ces visions intellectuellement clivées. Par ailleurs, il avoue son incompréhension devant le niveau élevé d’affect généré par ce débat. Selon lui, les accusations de « penser double » pourraient être éclairantes. Il tente donc de développer une compréhension de la position de ceux qui s’opposent catégoriquement à la recherche systématique interdisciplinaire en lien avec la psychanalyse. Une telle compréhension pourrait contribuer à la création d’un agenda partagé bénéfique à notre discipline troublée et servir de base à un dialogue collégial conforme à la mission de ce journal (Psychoanalytic Dialogues).

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Les commentaires critiques de Peter Fonagy semblent à Hoffman, d’une part, une incompréhension de ses arguments de telle sorte qu’il critique des positions qui ne sont pas les siennes, et d’autre part, une vision très opposée à la sienne. Dans le premier cas, lorsque Fonagy assimile “la pensée double » à « une reconnaissance … des limites de la méthodologie scientifique », selon Hoffman il passe à côté de son argument selon lequel ces « limites » discréditent clairement le privilège accordé à la recherche systématique relativement à l’étude de cas. C’est ce privilège que Hoffman demande à Fonagy, Safran, Strenger, et autres, de répudier. Hoffman propose que, dans le débat engagé autour de son article sur le « Doublethinking », il y a là un dialogue qui illustre la manière par laquelle la compréhension pourrait progresser dans notre discipline. Un tel développement progressif de notre compréhension implique des rapports d’expériences cliniques et des discussions de ces rapports à partir de perspectives multiples, comme dans les études de cas. Un tel « apprentissage constructiviste nonlinéaire » construit une sensibilité clinique accrue qui peut s’exprimer de manière imprévisible dans le contexte de nouvelles situations cliniques.

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Cet auteur affirme que la thèse de Hoffman (2009) voulant que la psychanalyse doit choisir entre sa vision du monde et la recherche scientifique quantitative créé une dichotomie fallacieuse. Selon Strenger, la recherche scientifique ne propose pas une vision du monde mais offre des moyens de vérifier des allégations empiriques ; dans la mesure où la psychanalyse avance de telles allégations, elles doivent être vérifiées scientifiquement. Il maintient de plus qu’il n’y a rien dans la science en soi qui contredit l’éthique philosophique de la psychanalyse qui prétend explorer la complexité du soi et aider les patients à devenir plus autonomes et mener une vie plus riche. Il termine en appelant un approfondissement du dialogue entre la psychanalyse et le paradigme émergent des neurosciences cognitives lesquelles poursuivent la recherche originale de Freud d’une science évolutive de la nature humaine. Un tel dialogue ne peut qu’enrichir les deux domaines, selon l’auteur, qui affirme par ailleurs que de prendre en compte les données de l’exploration biologique du psychisme humain ne dilue pas l’éthique psychanalytique.

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Hoffman répond à Strenger qu’il a non seulement mal interprété ses arguments mais que ses critiques se contredisent de plusieurs manières. Selon lui, Strenger se déclare favorable à une dialectique entre la science et les humanités en psychanalyse, et d’autre part, il déclare que la science est la « métaphysique » psychanalytique exclusive. De plus, Strenger prétendrait que la critique par Hoffman de la rationalité technique équivaut à préconiser une posture réflexive passive chez le thérapeute qui exclurait toute intervention active pour favoriser le changement. Hoffman rappelle qu’il a déjà beaucoup réfléchi et publié sur la dialectique entre l’influence thérapeutique proactive et la réflexion critique sur cette influence et ses implications. Ce qui est inacceptable pour Hoffman au sujet de la rationalité technique, c’est la confiance positiviste de l’efficacité des interventions prescrites fondée sur de soi-disant évidences scientifiques. Il reproche à Strenger de ne pas s’adresser à ses arguments spécifiques portant strictement sur le privilège injustifié accordé aux données de la recherche sur le processus et les résultats thérapeutiques en comparaison à l’apport de l’expérience clinique. Il affirme ne pas rejeter la valeur de la « science » pour la psychanalyse mais répudie ce privilège. Finalement, Hoffman réfute le reproche que Strenger fait à son  « constructivisme dialectique » de rejeter toute formulation de vérité universelle au sujet de la nature humaine en rappelant ses écrits sur les possibilités humaines de confrontation ou de négation de la mortalité et le défi de l’agentivité humaine relatif à cet enjeu. L’acceptation de ce dernier défi constitue une position morale pour la psychanalyse qui s’oppose de manière non équivoque à un conformisme exempt de critique aux demandes culturellement construites pour différents types de services thérapeutiques.

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Stern affirme ici que, parce que la psychanalyse et la psychothérapie sont des processus émergents et expriment des valeurs, une perspective herméneutique est nécessaire pour les étudier. Il présente des aspects fondamentaux d’une telle perspective signifiante, celle de Hans-Georg Gadamer. La nature herméneutique du processus thérapeutique n’a jamais été aussi clairement articulée que dans cet article : l’émergence de nouvelles compréhensions par la réflexion-en-action. L’auteur admet que nous n’avons pas le choix que de reconnaître que l’objectivisme est le mode de pensée dominant dans notre culture et constitue le moyen par lequel le public est en mesure d’évaluer nos allégations au sujet de la psychanalyse et de la psychothérapie. Il maintient cependant qu’il est de première importance pour nous de ne pas privilégier la recherche empirique quantitative dans l’étude, et surtout dans la formulation, de ces activités. Pour Stern, comme pour Gadamer, la réflexion herméneutique a préséance sur toute autre forme de méthodologie ; non seulement les données des recherches quantitatives doivent être l’objet d’un examen herméneutique mais également les méthodes pour les recueillir.

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